Des vendanges presque normales qui laissent augurer un bon millésime 2019

unnamed
Crédits Inter Rhône

C’est la rentrée ! Mais c’est aussi le début des vendanges, et notamment, pour les blancs des appellations d’origine protégées de la Vallée du Rhône méridionale. Mi-septembre, on attaquera les rouges, dans le nord comme dans le sud, du deuxième plus grand vignoble d’AOP français, soit une dizaine de jours plus tard qu’il y a un an. On revient donc à des dates de vendanges décennales…presque normales.

Calendrier des vendanges en France, par région :

  • Fin août : Corse, Languedoc-Roussillon, Provence
  • Début septembre : Beaujolais, Vallée-du-Rhône méridionale
  • Mi-septembre : Vallée-du-Rhône septentrionale, Bordelais, Bourgogne, Bugey, Savoie et Jura, Centre, Sud-Ouest, Val-de-Loire
  • Fin septembre: Alsace, Champagne.
  • Début octobre : Charentes, Cognac, Lorraine

Changements climatiques palpables

Depuis 2017, afin de décrire l’état du climat et ses impacts sur l’ensemble du territoire français, l’ONERC (Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique) s’est doté d’indicateurs. Un indicateur est une information, associée à un phénomène, permettant d’en indiquer l’évolution dans le temps, de façon objective, et pouvant rendre compte des raisons de cette évolution. Et on peut dire qu’en moyenne, les vendanges ont lieu 15 jours plus tôt qu’il y a 40 ans.

Onerc_Date des vendanges_1901_2016
Crédits : Inter-Rhône – ENITA Bordeaux – INRA Colmar – Comité interprofessionnel du vin de Champagne

L’avancée des dates de vendanges est corrélée essentiellement avec l’évolution de la température et ce de manière quasi linéaire. Une évolution conduisant à une avancée de la date des vendanges est donc un marqueur efficace du réchauffement climatique, et de la réaction de la végétation. Si la date de vendanges est un indicateur pertinent du changement climatique, c’est surtout parce qu’il est concret et facile à comprendre pour le grand public. 

Onerc_DatesFloraison_Vendanges_Champagne_1951_2017
Crédits : CICV

Bien que moins médiatique, la date de pleine floraison est un indicateur encore plus pertinent, car elle est totalement indépendante de toute action de l’homme. Cet indicateur comprend trois stades de développement : le débourrement, la floraison et la véraison. L’évolution des dates de pleine floraison et de vendanges donnent donc ensemble une illustration plus régionale des changements manifestes du climat. Depuis 1987, ces deux stades gagnent en précocité.

Dans le Rhône, c’est sain et…

Les premières vendanges dans la vallée du Rhône sont donc directement liées au cycle de la vigne. Ainsi l’évolution des dates de début de vendanges pour l’appellation d’origine contrôlée Tavel sur la période 1951 à 2016 et pour l’appellation d’origine contrôlée Châteauneuf-du-Pape sur la période 1945 à 2016 montre une très nette tendance générale à la baisse sur ces 65 dernières années.

Onerc_dates_vendanges_Côtes_du_Rhône_1947_2016
Crédits : Syndicat intercommunal de l’appellation Châteauneuf du pape

De fait, les dates de début de vendanges fluctuent grossièrement dans la deuxième quinzaine de septembre en début de période et dans la deuxième quinzaine d’août en fin de période. Bien que significative, la décroissance générale est loin d’être régulière : certaines décennies ne présentent pas d’évolution moyenne marquée (années 60, années 2000) et les variations d’une année sur l’autre restent importantes. Cet indicateur illustre les deux aspects de la variabilité du climat d’une année à l’autre et à propos de l’évolution du climat à long terme.

Pour cette campagne de vendanges, en 2019, il faut faire se plonger dans un passé récent et se rappeler que la douceur de l’automne et de l’hiver, en 2018, avait favorisé un démarrage précoce de la végétation, les mois d’avril et de mai, plutôt frais, ont ralenti la croissance végétative de la vigne. Mais le débourrement était assez précoce, du fait de bonnes réserves d’eau accumulées en automne et des températures favorables en février et mars 2019.Globalement, par rapport à un millésime 2018 durement impacté par le mildiou, l’état sanitaire en 2019 est très bon. Aucune maladie cryptogamique ne s’est développée en raison des conditions climatiques particulièrement sèches depuis le début de l’année. Si les grenaches ont été affectés par la coulure par endroit, les dernières observations font état d’une belle sortie de raisins. Les petites baies peuvent laisser présager d’un bon potentiel qualitatif de récolte. L’épisode caniculaire de la dernière semaine de juin a endommagé le feuillage du vignoble de façon hétérogène, avec des phénomènes isolés de brûlures sur feuilles et sur grappes. Les chaleurs du mois de juillet n’ont en revanche pas entraîné de nouvel épisode d’échaudage.
Vendanges des raisins blancs
Même si, au 1er septembre,  la véraison n’est pas encore totale sur certaines parcelles de grenache, les dernières observations font état d’une bonne dynamique de maturation dans l’ensemble, sans blocage, ni phénomène de concentration. À cela s’ajoutent les belles amplitudes thermiques à la fin du mois d’août, entre le jour et la nuit. Qui, si elles se poursuivent, devraient favoriser les équilibres. Dans les Côtes du Rhône septentrionales, les premiers coups de sécateurs devraient être donnés à partir du 20 septembre. Dans cette partie du Rhône, à cause d’un hiver sec, le déficit hydrique enregistré depuis l’été 2018 et les températures chaudes de février et mars ont provoqué un débourrement plus précoce que l’année dernière. Cependant, les températures qui avaient chuté fin mars et début avril, sont restées, globalement, en dessous des moyennes décennales, et cela jusqu’au début de l’été. La vitesse de croissance de la vigne s’est donc ralentie sur cette période. La floraison s’est ensuite déroulée dans de bonnes conditions.
Au 15 juin, l’épisode de grêle qui s’est abattu sur une partie très localisée du vignoble, a provoqué un nouveau ralentissement de la croissance de la vigne. Et pour la suite de l’été, les températures ont augmenté jusqu’à atteindre des températures encore jamais vues durant cette période. Heureusement, cet épisode caniculaire a été précédé et suivi d’averses importantes qui ont permis de combler une partie du déficit hydrique. Ces précipitations ont permis à la vigne de ne pas subir une contrainte en eau très importante. À ce jour, le vignoble est très sain, les conditions climatiques n’ont, en effet, pas permis un développement important du mildiou.

De manière générale, avec ces premiers coups de sécateurs, les opérateurs des vignobles de la Vallée du Rhône sont enthousiastes. Il va sans dire que quelques pluies seraient bienfaitrices. Et si il a plu sur Châteauneuf-du-Pape, il y a quelques jours, le manque d’eau, de plus en plus visible, laisse présager une récolte plutôt faible mais de bonne qualité. Du moins, c’est ce que tous les indicateurs laissent entrevoir même s’il est encore trop tôt pour vérifier que 2019 sera un bon millésime.

Publicités

Auteur : Pascal Jassogne

Journaliste, chroniqueur, oenologue, zytologue et amateur de tout ce qui se boit mange ou se consomme. Grand ami de Bacchus et Gambrinus.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s