Saint Mont mise sur le manseng noir et le tardif pour contrer les changements climatiques

DSC_1683Nichée au coeur du Sud-Ouest, dans ce que l’on appelle le Piémont pyrénéen, l’appellation Saint Mont s’étend sur les coteaux nord de la chaîne des Pyrénées où la vallée de l’Adour joue son rôle de frontière naturelle. Le terroir vallonné et typique de Saint Mont est particulier. D’une part à cause de la diversité de ses sols, d’autre part par les influences climatiques pyrénéennes et océaniques, et enfin par la fierté de ses vignerons de cultiver le tannat, le pinenc, les cabernets -sauvignon et franc – pour les rouges et d’assembler le gros manseng, l’arrufiac, le petit courbu et l’inévitable petit manseng. Saint Mont, ce sont des vins d’assemblages, de cépages et des terroirs uniques et variés Mais c’est avant tout une appellation qui a fait le choix de préserver son patrimoine végétal pour apporter des solutions aux grands enjeux climatiques de demain. C’est aussi, le seul vignoble de France ayant inscrit une parcelle de vigne aux Monuments Historiques, avec sur ces terroirs de sables fauves, plusieurs parcelles pré phylloxériques encore en production, produisant des vins issus majoritairement de vieilles vignes de plus de 60 ans.

Aujourd’hui à Saint Mont, 200 vignerons cultivent 1 250 ha de vignoble, dans le plus pur esprit gascon. Celui des valeurs humaines et des valeurs de la terre fortes. Chaque vigneron exprime une volonté commune d’exprimer le meilleur des terroirs grâce à des des cuvées, parfois confidentielles, mais d’une très haute expression. Les vignerons de l’appellation Saint Mont ont développé une connaissance très pointue des caractéristiques de leur terroir, identifiant notamment des profils de sols différents, et notamment la zone de Plaisance du Gers avec ses sols argilo-calcaires, la zone d’Aignan principalement composée de sables fauves, et la zone de Saint Mont, de loin la plus remarquable, avec ses galets roulés, ses argiles compactes et bigarrées, parfois mêlées de grep. Cette zone donne les vins les plus denses et riches de l’appellation.

Saint Mont, le paradis des ampélographes

Tous les ampélographes le disent : le Piémont pyrénéen est une région privilégiée qui bénéficie de très nombreuses variétés de vignes. Certaines sont restées cantonnées dans certaines vallées. D’autres se sont répandues à travers le monde. Car c’est bien dans le Piémont pyrénéen que sont nés les cabernets sauvignons ou les merlots, que l’on retrouvent sur tous les continents. Cette maîtrise de cépages singuliers, totalement en dehors des sentiers battus, nés dans le Piémont Pyrénéen, fait partie de cette identité gasconne de la viticulture moderne.

« Si nos prédécesseurs ont planté ces cépages, c’est qu’ils avaient compris tout leur intérêt, explique Éric Fitan, vigneron et président de l’AOC. Après le phylloxéra, nos anciens ont dû s’adapter. Chose que nous devrons faire aussi. Nous disposons de ce patrimoine. C’est notre héritage. Aujourd’hui, il nous semble opportun d’en tirer profit. Depuis que nous constatons les effets du changement de notre climat, nous avons remis au goût du jour des vieux cépages comme le manseng noir ou le tardif. »

Un pied de manseng noir retrouvé dans une vielle parcelle a donné naissance à de nouveaux projets. Le manseng noir a donc repris sa place dans le vignoble gascon alors qu’il avait été oublié après la crise phylloxérique, car moins tannique et moins riche en alcool que son cousin le tannat. À ce jour, vingt hectares issus de ce seul pied retrouvé ont été replanté, notamment au Château de Cassaigne, qui produit déjà des cuvées d’une remarquable qualité.

« À terme, le manseng noir devrait nous permettre de gommer les mauvais effets de tous ces changements climatiques. Actuellement, nous sommes toujours en phase de test. Nous observons son comportement sur différents types de sol, avec différents porte-greffes, ajoute Éric Fitan. Nous avons tout à réapprendre de ce cépage. Mais quoi qu’il en soit cela ne change pas grand chose au travail de nos vignerons. Pour faire du bon vin, il n’y a pas de secret, il faut se retrousser les manches, dans nos vignes. »

Le tardif, le petit dernier

E si quelques cuvées ont déjà vu le jour, d’autres projets existent pour relancer quelques vénérables cépages. La coopérative Plaimont a d’ailleurs très bien compris l’intérêt des ces cépages oubliés. Elle incite ses vignerons à conserver leurs vieilles vignes. Outre le manseng noir, le petit dernier ressuscité, au milieu de ses nombreux camarades, s’appelle le tardif. Il porte bien son nom puisque son cycle de maturation est lent et repousse sa récolte loin dans le temps. Ce qui le rendait peu intéressant il y a des décennies n’est plus vraiment d’actualité aujourd’hui. Il a en effet un fort intérêt en cette période de grands changements climatiques.

dsc_1695.jpgDeux pieds de tardif ont été retrouvés sur la parcelle de Sarragachies, classée comme monument historique en 2012. Cette parcelle de Sarragachies rassemble plusieurs caractéristiques exceptionnelles. Elle est âgée de près de 200 ans. Elle est le témoin d’une conduite de vignoble aujourd’hui disparue. Celle de la plantation au carré et en pieds doubles. Elle est cultivée en hautains et toutes les vignes sont franches de pied. Elle s’étend sur 22 ares et compte 21 cépages différents, dont 7 n’ont toujours pas pu être identifiés. C’est donc à partir des deux derniers pieds de tardif de de Sarragachies, que 40 autres pieds ont pu être introduits au conservatoire de Saint Mont en 2002. Grâce aux études menée par les équipes Recherche et Développement de la coopérative Plaimont, ce cépage a déjà montré des perspectives intéressantes. En 2019, 3 000 pieds ont été replantés, sur la commune de Saint-Mont, au sein d’une deuxième parcelle dédiée. Deux autres rangs ont été plantés au château de Sabazan.

Plaimont : une coopération unique

Sans le visionnaire André Dubosc et quelques braves mousquetaires vignerons, qui, ensemble, ont créé des vins de pays blancs secs, aujourd’hui repris dans l’ IGP Côtes-de-Gascogne, ils ont aussi eu le coeur de réveiller l’appellation Saint Mont et relancer le Pacherenc du Vic-Bilh, issu de récoltes tardives, sur le même territoire que lAOP Madiran. En 1979, les trois caves de Plaisance, Aignan et Saint Mont unissaient leurs forces et leurs initiales (« PL » pour Plaisance, « AI » pour Aignan, « Mont » pour Saint Mont) pour créer l’union de coopératives Plaimont. Depuis sa création, Plaimont a enrichi son patrimoine des plus beaux châteaux et domaines de la région. La cave de Condom, le Château de Sabazan, le Château Saint-Go, le Château Bascou, le Monastère de Saint-Mont, le Château Arricau-Bordes et le Château de Cassaigne ont désormais rejoint le train en marche et participent à son développement. Aujourd’hui, Plaimont représente 98% de l’appellation Saint Mont, 55% de l’appellation Madiran, 66% de l’AOC Pacherenc du Vic-Bilh et 30% des Côtes-de-Gascogne. En quelques années, Plaimont est devenu l’acteur incontournable des vins gascons. Mais ce qui est le plus remarquable, c’est que dès le début de l’aventure Plaimont, la redécouverte des cépages qualitatifs de cette zone a généré des recherches qui se poursuivent actuellement, au sein notamment du conservatoire ampélographique de Saint Mont, le plus important conservatoire privé et homologué de vieux cépages  en France. Et si les gros et petits mansengs, le petit courbu, l’arrufiac, le pinenc (fer servadou, ou Braucol) faisaient partie du patrimoine viticole, il a fallu réapprendre à les cultiver et à les vinifier. Et ce n’est donc pas un hasard si les importants travaux menés par les équipes de Plaimont sur le colombard ont donné aux Côtes-de-Gascogne, une identité propre et légitime.

 

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Auteur : Pascal Jassogne

Journaliste, chroniqueur, oenologue, zytologue et amateur de tout ce qui se boit mange ou se consomme. Grand ami de Bacchus et Gambrinus.